Par conséquent, lorsque j'arrive en avance, ou bien en repartant, attirée par la musique, je m'y arrête. Car il passe de la musique en continue, y compris sur la rue. Et de la bonne musique.
L'homme du Carré Bodoni, il s'y connaît. Pas absolument sur tout, mais il peut conseiller, et même discuter comme ça... il est super agréable.
Et il récupère des vyniles d'occasion, alors je farfouille.
J'ai acheté l'autre jour deux vyniles. L'un de Berlioz, l'autre de Brahms.
Il est courant de trouver des vyniles d'occasion de classique en bon état. Pour les autres genres, c'est moins évident. Trouver du Brel, Brassens, Ray Charles en bon état, c'est pas courant. Les gens les gardent, ou bien les ont trop écoutés.
Fort heureusement, j'en ai déjà chez moi.
Ce que je n'ai pas chez moi, c'est une bonne platine.
J'ai une platine très récente mais imitation pick up, un petit truc qui marche bien sans être du tonnerre, probablement à saphir. Et qui n'est pas à moi.
Il y a également une platine au salon, bien plus ancienne mais dont le diamant a été changé récemment, et à laquelle sont branchés l'ampli et les enceintes de la télé. Au salon, là où je ne peux pas écouter ce que je veux. Et pas à moi.
Néanmoins je la piquerais bien quand je déménagerai... le temps d'avoir des sous.
Alors... pourquoi écouter un vynile? A l'heure du numérique où on peut avoir quasi n'importe quelle musique en trois clics?
Certains diront que le son analogique exprime des fréquences qui sont absentes ou gâchées sur les formats numériques, ou des choses comme ça.
Moi je dirais plutôt que ça a une présence différente. Le son lui-même évoque une présence différente, surtout dans les musiques non surchargées comme la variété ou la musique de chambre, le vieux rock également.
Et puis j'aime voir le disque tourner, le bras se lever légèrement quand le 33 tours n'est pas totalement plat...
Je suis un peu rétro des fois x)
- Mood:
peaceful - Music:Summertime - Janis Joplin
Ecolo :
* Malgré la manie du tout confort, je continue à me laver un jour sur deux voire plus au lavabo et non à la douche, ne privilégiant la douche que quand j'ai les cheveux sales.
* Je fais cuire mon riz à l'asiatique (sans égoutter). (L'économie d'eau est minime mais c'est toujours ça)
* Je ne mets pas de protège-slips, un slip est fait pour ne pas salir le pantalon (pour une fille ; pour un mec j'admets un rôle de soutien). A quand des protège-protège-slips ?
* Je n'utilise pas de lingettes, de swiffer, et autres conneries non réutilisables dans ce genre. A la limite, j'utilise des mouchoirs en papier :p
* Je regarde très peu la télé (conso d'électricité, tout ça). Mais c'est de la mauvaise foi que de mettre ça ici car je suis beaucoup sur ordinateur.
* J'ai énormément de mal à acheter. Je viens de m'acheter une petite robe en laine, il a fallu que je vienne trois fois dans le (même) magasin avant de me décider à l'acheter. Et c'est pas comme si j'avais pas besoin de vêtements. Honnêtement, je peux me passer d'acheter mais certaines pièces de ma garde-robe commencent à se faire... antiques.
* La température de mon appart', quand j'y suis seule, tourne autour de 18-19. Une température normale... mais j'ai croisé bien assez de gens pour qui c'est pas supportable en dessous de 21°C. En hiver, je mets des pulls :p
* J'évite d'acheter des portions individuelles, et des produits qui font de la sur-enchère d'emballages.
* Je mange très très peu de viande, une à deux fois par semaine (quand j'habite chez moi et non chez mes parents).
* J'utilise une boule de lavage, n'ajoutant un peu de lessive que quand les vêtements sentent vraiment le fauve. (et éventuellement un peu d'adoucissant pour l'odeur de lavande ^^)
* Je n'ai pas de voiture (fausse excuse encore ! j'ai ni sous ni permis), je prends donc souvent le vélo et les transports en commun.
* Ah, et je me suis acheté une mooncup ( http://echo.lautre.net/spip.php?article
Not Ecolo :
* Des douches pas tous les jours certes, mais si je ne mets pas excessivement de temps à les prendre... j'ai tendance à les laisser couler même quand je me shampouine ou savonne, ce qui est vraiment du gaspillage. De plus, j'utilise le plus souvent du gel douche et non du savon dur (qui dure plus longtemps et généralement composé de moins de produits chimiques).
* Je suis tout le temps sur l'ordi.
* Une certaine paresse me pousse à acheter des plats parfois tout préparés, le coût de la vie me fait dédaigner les poulets et oeufs fermiers, et d'autant plus les produits bio... ce qui me fait ainsi participer au marché de cette agriculture pensée à court terme, moins bonne en goût, moins confortable (et de beaucoup !) pour les bêtes, et ultra-spécialisée qui fait qu'aujourd'hui la France serait incapable d'être autonome et de nourrir sa population en cas de famine.
* Je n'utilise pas de toilettes sèches. Cela dit je vois pas où je mettrais mon tas de compost.
...j'éditerai si je vois d'autres choses ^^
- Mood:
calm - Music:Carabina 30/30 - Elliot Goldenthal - BO Frida
Dans celui-là, les deux enfants sont encore à l'école primaire (il est donc, tout comme le Retour du Père, antérieur à Patate trip).
Pana boudait sur son lit. Stupide chat. N'importe quel animal, Elef se serait fait un plaisir de faire comme à son habitude et de tester des tas de théories rigolotes. Mais un animal offert par Papa, alors là, c'était la dernière merveille du monde, il fallait le choyer, s'en occuper tout le temps, quitte à délaisser son frère, hein !
Le jeune garçon avait envie de passer sa frustration en explosant contre un mur. Ou en se faisant serrer fort dans les bras de Maman. Ou d'Elefteria. Qui jouait avec son chaton.
Bon, son problème, finalement c'était le chat. Il fallait donc supprimer le chat pour supprimer le problème. Et Elef lui en voudrait à mort.
Sauf si elle ne savait pas que c'était lui. Un accident donc. L'attacher et le poser sur la route ? Mais les ficelles feraient office de preuve... Et puis Maman ne laissait pas le chaton sortir.
Un accident à l'intérieur de la maison ? Le mettre dans la machine à laver, comme la lessive ? Mais un chat n'irait pas par accident dans la machine à laver. Oh ! Le lave-vaisselle.
C'était le bon moment. Elefteria était en train de prendre son bain. Elle n'avait même pas demandé à ce qu'ils le prennent ensemble... pfff. Au moins n'avait-elle pas demandé le chat.
Maman débarrassait la table. Là, elle prenait la gamelle. Oh, tiens, il pourrait même rajouter des croquettes dedans.
Pana se glissa dans le salon jusque devant la télé. A côté du chat endormi. Sa mère sortit de la cuisine, l'embrassa sur le front.
« Tu vas à la salle de bains dès que ta soeur est sortie, hein ! »
Il hocha la tête d'un air angélique et entendit avec satisfaction les marches grincer au passage de la jeune femme.
Prenant garde à ne pas brutaliser la chose, enfin, à ne pas faire de bruit, il la prit sans ses bras et retourna dans la cuisine.
Le lave-vaisselle était sur minuterie. Il n'aurait qu'à ouvrir, mettre le chat, fermer, et...
Il ouvrit la porte du lave-vaisselle, attrapa d'une main une poignée de croquette, l'autre tenant toujours le chat, posa délicatement le tout entre les deux tiroirs. Les croquettes se retrouveraient dans le filtre, de toute façon.
Achevant son acte vengeur d'un sceau qui réactiva la minuterie, Pana se dirigea naturellement vers la salle de bains, éteignant la télé au passage.
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Elefteria s'était précipitée dans la cuisine en entendant sa mère pousser un cri, excitée de savoir ce qu'elle avait pu découvrir d'affreusement et d'horriblement effrayant. Quelques minutes avaient suffi pour assombrir son visage et lui faire monter les larmes aux yeux. Le cadeau de papa était délavé, hors d'usage, bon à jeter.
Pourtant, elle en avait pris soin : (Elefteria en était sure), il avait mis du temps à le choisir, juste pour elle, en s'excusant de ne pas venir fêter Noël à la maison. Tout ce qu'il offrait était adorable et extraordinaire, mais cette fois-ci, le cadeau avait été encore mieux. Elle avait joué des heures avec lui, avait docilement laissé sa mère la photographier avec l'espoir non-dissimulé qu'elle enverrait la photo à son père pour lui montrer à quel point elle était contente, gentille et rayonnante.
- J'avais mis sa gamelle dans le lave-vaisselle, tentait d'expliquer sa mère. Je n'avais pas vu qu'il... il a dû vouloir manger ou jouer...
Elefteria se demanda vaguement si la bestiole était d'abord morte noyée ou ébouillantée ; rien dans la vague forme du mammifère (sa mère avait refusé qu'ils approchent plus près) ne lui avait permis de répondre à cette question. Un animal de compagnie digne de ce nom, sachant qu'il allait de toute façon mourir, aurait donné un indice aidant ses anciens maîtres à déterminer la cause exacte du décès. Mais la boule de poils, non.
Le chaton avait été mignon, distrayant et offert par papa. Elefteria l'imagina le jour de son achat, petite chose fragile et docile perdue au milieu des autres dans un long et interminable couloir. Papa s'arrêtait devant toutes les cages, regardait attentivement, durant de longues heures, et puis, finalement, stoppait net devant lui, lui tendait sa grande main. La bestiole avait dû se sentir choisie, unique. Il était normal qu'Elefteria considère ce cadeau à sa juste valeur. Elle s'amusait bien, à le regarder durant des heures : tous les deux, comme seuls au monde, simplement conscients de la présence de l'autre.
Nos choix sont ce qui va déterminer, non pas notre vie, comme on pourrait le penser, mais notre être véritable. En réalité, bien souvent, notre vie a été déterminée depuis longtemps par des choix qui ne sont pas les nôtres, des choix dans lesquels nous n’avions aucun droit de regard, parfois effectués avant notre naissance, parfois même bien avant notre conception. Parfois, il y a bien longtemps dans l’histoire.
Bien sûr, nos choix vont aussi contribuer à déterminer notre vie. Le choix de faire quelque chose, ou bien le choix de ne rien faire. La vie n’est qu’un perpétuel choix. Mais la plupart des choix qui nous influencent maintenant ont été fait il y a des années, parfois des siècles.
Il est assez déroutant de penser au nombre de choix qui ont contribué à déterminer simplement notre existence dans le monde. Choix qui ont fait que nos parents se sont un jour rencontrés, choix mutuel des parents… Et ce même pour tous nos aïeux.
Il y a loooongtemps, j'avais écrit un autre truc à ce sujet ou presque (posté sur mon ancien blog. aurais-je dû appeler cet article synthèse sexter?). Ça date du 13 septembre 2005 et ça disait :
"Dimanche :
Ce matin, j’étais complètement amorphe et déprimée. Certains livres me font ça des fois, mais je ne pense pas que cela était dû seulement à mon bouquin du moment, bien que j’ai passé une partie de la matinée à lire. Mais els causes ont peu d’importance, car je me suis soudain rendu compte qu’il en tenait qu’à moi d’être de bonne humeur si je le voulais, qu’un seul petit effort, un léger changement d’état d’esprit, et les murs de ma morosité étaient transpercés, écroulés, défoncés, écrabouillés !
C’est peut-être parfois plus dur que ça, mais il n’empêche que c’est dommage de se complaire dans son malheur, dans sa déprime, même la colère vaut mieux que ça !
Dans un livre de Feist, Milamber le mage, je crois que c’est ce tome là, il y a une phrase que je n’ai jamais oubliée, bien que cela fasse plusieurs années que je l’ai lu. « Tu es l’architecte de ta propre prison. » Plus j’avance dans la vie, plus je me rends compte à quel point cette phrase est vraie. Bien sur, il faut en payer les conséquences pour certaines choses. On peut décider que le patron ne nous convient pas et démissionner, et dans ce cas il faut accepter de perdre un peu de sécurité. C’est le prix à payer. Exemple un peu… simpliste, parce qu’il y a d’innombrables cas, et rien n’est aussi évident.
Faites de votre esprit un bélier apte à abattre vos propres murs !"
Deux notes, qui se suivent, l’une reprenant le pas sur l’autre, et ainsi de suite. Toujours les deux mêmes, toujours différentes. Celle-ci plus douce, celle là se fait violence, énergie, l’autre rapide, courte, quelques traits effilés… Deux notes longues. Chercher la troisième, celle qui viendra sublimer les premières…
Un éclat. Une dissonance. Une voix qui glace le sang de Tyli, alors que ça fait si longtemps qu’elle l’attend. La percussion de son sang dans ses tempes, dans son cœur, prend le relais de la simple musique de la flûte. Chaud et froid à la fois. Chaud dans le sang, froid dans le cœur. Il ose. Non, c’est trop tard. Trop tard. Il n’existe plus, il a choisi de ne plus exister.
Elle l’entend, comme à mille lieues d’ici. Ils parlent d’elle.
Loï'th, s’il te plait, ne le laisse pas monter, ne m’appelle pas !
Il va monter, elle en est sure. Il va monter la chercher. Si elle ne descend pas toute seule, il va la forcer à descendre. Elle ne veut pas le voir. C’est trop tard, trop tard, TROP TARD. Il avait dit « le temps de régler quelques affaires ». Il a menti, MENTI, il s’en fichait. Quelques affaires, ça ne prenait pas quatre ans.
Ses pensées s’entrechoquant dans sa tête brouillaient complètement son esprit maintenant. Elle se sentait acculée. Elle ne voulait pas le voir. Jamais. Oublié. Enterré. Comme on avait enterré sans prendre de gants son ancienne vie, plus de la moitié de sa vie ! Ça y est, elle l’entendait. Son nom, crié à travers la maison.
Elle faillit lâcher sa flûte avant de finalement la poser soigneusement sur son lit. Silencieusement, elle se remit sur ses pieds et, prenant garde à ne rien faire craquer, tomber, ou quoique ce soit qui aurait pu confirmer sa présence dans la chambre, grimpa sur le rebord de la fenêtre. Celle-ci donnait sur le vide. Pas moyen de se laisser glisser, elle allait au pire se tuer, au mieux se casser les deux jambes. Sa meilleure chance était cette branche, là. Il lui faudrait un peu de chance, mais si elle tombait, il y avait bien d’autres branches en dessous…
Elle se concentra et s’élança. Sa main s’agrippa difficilement, presque ponctuellement, pourrait-on dire, car le balancement la faisait glisser petit à petit. Enfin, elle se servit de ce balancement comme d’un élan pour arriver sur une autre branche, plus large, plus basse. Elle tomba moitié accroupie moitié à quatre pattes et laissa glisser ses jambes de chaque côté du bois, en soupirant. Il ne fallait pas qu’elle reste là, on pouvait la voir de la fenêtre. Mais d’ici, on pouvait atteindre assez facilement l’un des sentiers aériens. Elle pourrait rejoindre Orodreth en attendant. En attendant qu’il parte. Loin d’ici. S’il ne partait pas, c’est elle qui partirait.
La conversation sembla prendre un tournant. Les deux antagonistes étaient-ils en train de parvenir à un accord ? La discussion dura encore quelques minutes puis Karisa se tourna vers sa fille. Cette dernière, se sentant désormais concernée, se leva et s’approcha.
« Tyli, viens ici ma chérie. Je veux te présenter Resfan, qui est caravanier. Sieur Resfan, voici la petite fille dont nous parlions à l’instant. Tyli, le sieur Resfan va te ramener à Danor. Là-bas, tu pourras retrouver ton père.
- On va voir Papapy ?
- Seulement toi. Moi, je reste ici.
- Mais moi, je veux que tu viennes. »
La fillette regarda le caravanier d’un air craintif. Un caravanier, c’était pas quelqu’un d’important normalement non ? Alors celui-là il ne correspondait pas à l’image qu’elle se faisait d’un caravanier. Inconnu, danger. Resfan lui rendit un regard curieux. Regard dont elle avait l’habitude et qu’elle soutint sans broncher.
« Je ne peux pas venir, ma chérie. Mais le caravanier Resfan sera gentil avec toi et te traitera bien. Et tu seras gentille et obéissante avec lui. (A ces dires, le regard de Kariza vint rencontrer tour à tour ceux de Resfan et de Tyli, comme les mettant au défi de rendre ses paroles mensongères). Ne t’inquiète pas. On se retrouvera bientôt, petit oiseau. Tu vas rejoindre Papapy. Tu lui raconteras Dominia, et ton voyage.
- Tu veux dire, je dois aller avec lui maintenant ?
- Sa caravane part tout à l’heure. Il ne faudrait pas rater le départ, pas vrai ?
- C’est vrai. »
La petite fille garda pour elle ses émotions, prenant un air grave. Cet air sérieux, sur ses traits déjà différents, lui donnait un air étranger. Les lèvres serrées, le visage méditatif, Resfan se demandait s’il avait bien fait d’accepter ce marché. Cette femme était une servante. Elle n’aurait pas les moyens de le poursuivre si par malheur il arrivait quelque chose à la gamine. Cette affaire ne pouvait qu’être bénéfique pour lui. Mais cette femme avait plus de verve, une posture plus digne que ce qu’on attendait habituellement d’une domestique.
Et la gamine… C’était manifestement une demi-elfe. Ce qui voulait dire que son interlocuteur à Danor, ce Goëb, était un elfe. Resfan n’aimait guère ces petits humanoïdes, qui le mettaient mal à son aise. Mais il avait accepté. Et déjà reçu la première partie du paiement, même si cela ne correspondait qu’à la valeur de l’entretien de la petite durant le voyage. Ce qui était fait était fait. Ses pensées retournèrent à ses autres affaires tandis qu’il observait d’un air distrait la mère et la fille se faire leurs adieux.
(ndlr : ce qui est écrit en bleu, ça signifie que la langue utilisée est celle des humains)
Tyli n’avait pas encore décollé du sol que l’oiseau s’envola d’un battement d’ailes. Elle le regarda se poser sur un arbre proche, déçue. Elle sursauta au son d’une voix juste derrière elle.
« Et bien, petite Tyli, tu attaques les oiseaux ? »
La petite fille se retourna, comme prise en faute, et répondit :
« Je voulais juste le voir de plus près.
- Et tu avais besoin de lui sauter dessus pour ça ?
- Ben… oui, il allait partir si je m’approchais plus… »
Le grand personnage au teint brun fit une légère moue puis, se retournant à moitié, s’accroupit.
« Monte, je vais te montrer quelque chose. »
Ravie, la fillette monta tant bien que mal sur le dos de son père, puis une main vint la soutenir momentanément et, forte de cette aide, elle s’accrocha fermement.
« Tu m’emmènes où, Papapy ?
- Tout près.
- Ben alors, je pouvais march… Oh, d’accord. »
En quelques mouvement agiles, l’elfe atteint une branche de l’arbre que l’oiseau avait précédemment élu comme perchoir et déposa sa fille tout en la tenant fermement.. Le volatile, plus haut dans la ramure, les surveillait d’un œil méfiant. Chose que Papapy releva et fit remarquer à Tyli.
« Maintenant, regarde. »
Son doigt tendu indiquait la rue, visible d’ici. Deux enfants s’amusaient avec des bâtons, qui se heurtaient régulièrement, accompagnés de cris faussement rageurs.
« Si un pigeon venait à passer par là, que crois-tu que feraient ces deux enfants ?
- Euh… Tarzak il courrait après en criant pour le faire voler. Thoron, il est moins bête, il essaierait de le taper avec son bâton pour que sa mère le cuisine. »
Papapy ferma les yeux deux secondes avant de répondre.
« En effet, Thoron serait moins bête, en agissant comme le loup pour nourrir sa famille. Tarzak agirait, lui, comme un cruel imbécile. Mais tous deux seraient vus par l’oiseau comme un danger. Maintenant, crois-tu que ton oiseau sache faire la différence entre quelqu’un qui voudrait seulement regarder de plus près et quelqu’un qui a l’intention de le manger ? »
Tyli resta silencieuse quelques secondes, réfléchissant.
« Mais sur mon oiseau, il n’y a pas assez à manger, alors il ne devrait pas me craindre.
- Tu sais, pour un loup affamé, un peu à manger ou beaucoup à manger, ça reste à manger. Si ta mère t’emmenait dans certains quartiers, surtout à Dominia, tu verrais beaucoup de loups affamés parmi les humains.
- Ah… donc, si les gens arrêtaient de courir après les oiseaux, ils viendraient me voir tout seuls ?
- Tu sais, il leur faudrait du temps pour cesser d’avoir peur. Et même ainsi, il n’est pas forcément dans leur nature de venir se percher sur toi. Mais ils te laisseraient approcher, oui. Dans la Grande Forêt, les oiseaux ne nous craignent pas. Là-bas, tous les parents apprennent à leurs enfants ce que je viens de t’apprendre. Et les enfants grandissent lentement, ils ont le temps d’y réfléchir.
- J’aimerais bien que les oiseaux viennent se percher sur moi. »
La physionomie de Papapy se modifia légèrement à ces mots, et Tyli, reconnaissant cette expression, afficha un air réjoui..
« Figure-toi qu’à côté de Camthalion, la ville de l’Ouest, dans un village entièrement perché dans les arbres, vivait il y a quelques centaines de cycles une nis. Elle était toute jeune encore, même pas 80 cycles. »
L’elfe s’arrêta, laissant cette phrase flotter dans l’air matinal.
« Et alors ? Qu’est-ce qu’elle avait avec les oiseaux ?
- Ce soir, petite impatiente ! Accroche-toi. »
Papapy saisit Tyli et, la serrant contre son torse alors que celle-ci s’agrippait, se laissa glisser et atterrit souplement sur le sol. La fillette poussa un cri pendant la chute et se dégagea vivement une fois la terre ferme sous ses pieds.
« Tu m’as fait peur ! Et maintenant, je vais me demander toute la journée ce que la nis faisait aux oiseaux ! »
Le rire léger de l’elfe répondit à ces accusations, laissant derrière lui une colère enfantine qui s’évaporerait en quelques minutes sous le soleil de Dilannel, l’odeur du jardin et le vol des papillons.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que mon père n’était pas très présent à la maison. Il pouvait se passer deux ou trois lunes entre deux visites. Dans ce cas, il restait plus longtemps, ce qui compensait. Il ne fut donc pas pour moi un total inconnu. Je me rappelle ma joie enfantine lorsque je voyais se dessiner dans l’encadrement de la porte sa silhouette mince et souple. Puis, il rejetait sa cape en arrière de son visage, dévoilant ses traits fins sur sa carnation sombre, et ses longs cheveux argentés. Il me renvoyait mon reflet, en plus gracieux, plus... parfait. Alors, je courais vers lui et il me soulevait en l’air, avant de me poser comme une plume sur sa hanche, alliant vigueur et délicatesse.
Certains souvenirs que j’ai de ce nêr me semblent parfaits en tous points. Un souvenir d’été, où j’étais dans le jardin derrière la maison, à observer un oiseau. Papapy me voyait et me captivait illico avec une histoire d’elfe attirant les oiseaux avec sa musique. Un souvenir d’hiver, au coin du feu, où il me racontait de vieux contes qui me transportaient dans la Grande Forêt et me faisaient aimer ce lieu que je n’avais jamais vu.
Pour la toute petite fille que j’étais, il avait un nom horriblement difficile à prononcer – et même à retenir, car comme il était réellement très vieux, pour avoir autant d’histoires à raconter, je l’avais toujours appelé Papapy. Et ma mère avait adopté ce surnom, qui l’amusait toujours un peu. Car mon père avait largement l’âge d’être l’arrière arrière grand père de ma mère.
Ce n’est que lorsque je suis arrivée en Taurë que j’ai appris à l’appeler par son nom. Mais comme c’est aussi peu après ce moment là que notre relation a commencer à commencé à se gâter – que j’ai commencé à lui en vouloir, n’ayons pas peu des mots, j’ai l’impression que Papapy et Goëbiluë sont dans mon esprit deux personnes différentes, deux aspects du même être. J’avoue préférer me souvenir de Papapy…
Je ne crois pas que Goëbiluë ait fait quelque chose pour me blesser. L’ornière vient plutôt ce ce qu’il n’a pas fait. J’étais une petite fille perdue dans un environnement qu’elle ne connaissait pas. Magnifique en tous points, mais étrange et inconnu. Les manières à adopter ici étaient différentes de celles qu’on m’avait apprises dans l’Empire. Et je venais d’être séparée de ma mère, qui avait toujours été là pour me rassurer d’un regard, d’une caresse dans les cheveux, ou d’un sourire, jusqu’ici. J’aurais eu besoin de mon père, la seule chose qui me rattachait à ma vie d’ « avant ». Seulement, au lieu d’être présent, avec moi pour m’épauler, m’éduquer à ces nouveaux lieux, ces nouveaux gens, au lieu de jouer son rôle de père pour résumer, il m’a confié à un de ses amis, Loï’th. Il a continué comme si de rien était, à voyager et à venir me voir de temps en temps. Finalement, cela faisait toujours une constante… mais pas celle que j’attendais. Au bout de trois cycles à peu près, une fois, lorsqu’il est venu, j’ai refusé de le voir. Et toutes les exhortations ne m’ont pas fait flancher. Ni cette fois-ci, ni les suivantes, qui se sont espacées pour finalement cesser. Je me demande aujourd’hui si je dois le regretter… sans doute.
J’ai revu mon père une fois depuis. Aux obsèques de Loï’th. C’était un de ses meilleurs amis. Il était évident qu’il serait présent. Sa vue m’a pourtant fait un choc… Et j’avoue avoir été assez stupide et habile pour l’éviter et ne pas avoir à lui parler.
Ou pour parler français sans abréviations, une préface et une introduction.
Tyli Naktis est le personnage que j'ai le plus joué sur Ideo ( www.ideo-lejeu.com ), qui est le plus vaste jeu de rôle auquel j'ai joué.
Pour situer la re-situation que je vais dans cette introduction, Tyli est une hybride d'un elfe et d'un humain (traits elfiques, espérance de vie humaine), née dans un Empire humain dont la capitale est Dominia, puis ayant émigré dans la Grande Forêt elfe (la Taurë).
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Quelle tâche entreprends-je ? Ecrire ma vie, les évènements dont la résultante tient aujourd’hui cette plume ? Tout ce qui a fait que je suis moi ? Vaste tâche que je me donnerais là. En effet, même si j’ai mis bien moins de temps à atteindre l’âge adulte que mes concitoyens, j’ai tout de même vécu plus d’évènements notables que la majorité des personnes de mon âge. De plus, je décrirais alors non seulement des évènements, mais également toutes les rencontres qui m’ont formée et transformée, ce qui fait beaucoup de portraits tout de même. Mais pourquoi pas ? Voilà un défi ! Essayer de rendre à travers ces portraits la vie, les émotions, l’esprit qui animait ou anime encore ces êtres ! Je ne pense pas que ma plume ait assez de talent pour ce faire… Essayons au moins de rendre au maximum les émotions qu’ils ont pu soulever en moi.
Néanmoins, peut-être devrais-je tout d’abord recadrer ces gens…
Je suis née à Danor d’une mère archère dans la légion impériale et d’un père… Je ne sais absolument pas le métier que faisait mon père. Toujours est-il qu’il voyageait beaucoup, ce qui est inhabituel pour un quendë.
Lorsque j’ai eu cinq ans, ma mère est partie travailler à Dominia et mon père m’a emmenée dans la Grande Forêt. C’est là que je vis depuis. Mais je n’ai pas grandi avec mon père. Il m’a confiée à un ami à lui et bientôt nous nous sommes « perdus de vue », si je puis dire. Je reviendrai sur les circonstances. Mon tuteur était un elfe bien bâti (l'on pourrait même dire enrobé), mais porté essentiellement sur les choses spirituelles. Il n’a pas su se défendre contre les créatures de la forêt. Je me suis donc retrouvée seule à Orodreth et me suis engagée sur la voie des guérisseurs, que j’ai quittée plus tard pour rejoindre ma ville d’Orodreth et m’y consacrer.
J’en ai fini avec cette tâche de synthèse qui m’est pénible et que je fais sans style, de façon purement utilitaire. Passons donc.
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Panayotis regarda sa sœur d'un air perplexe. Elle était toujours excitée et désespérante, mais pas constamment à ce point. Cessant deux secondes de sautiller dans toute la chambre, Elefteria souleva (facilement) Panayotis en le serrant contre sa poitrine, pas exactement contre son gré.
- Qfhmfeqfihmftrehmfcfomfa?
La gamine le lâcha.
- Pardon?
Reprenant son souffle après cette essoufflante séance de... Panayotis répéta plus distinctement.
- Qu'est-ce qui te rend comme ça?
- Papa rentre aujourd'hui !!
- Ah... Mais... euh... c'est pas Noël...
- Non mais il euh, ben il rentre quoi, c'est génial non?
- Hum. Génial oui.
*Voix d'un autre m... étage*
- Ma poule ! Mon minou ! Venez voir qui est lààààà?
Elefteria quitta la chambre en trombe et dévala les escaliers. Panayotis, totalement enchanté, entendit un cri de joie féminin, hystérique et parfaitement désagréable, ainsi qu'une voix masculine, profonde, affectueuse et parfaitement désagréable.
Suivit bientôt la voix de sa mère, légèrement inquiète.
- Panayotis ? Tu ne viens pas dire bonjour à Papa ?
Le jeune garçon se pointa en haut des escaliers avec un air angéliquement renfrogné.
- Tu m'as dit de pas parler aux inconnus.
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Elefteria se précipita vers Panayotis, le souleva légèrement et le serra contre elle. Papa rentrait. Papa rentrait ! Papa allait revenir, papa allait être à la maison, papa allait être là, elle allait parler à papa, et, et...
Elle crut entendre un borborygme émergeant de sa poitrine où Pana essayait de lui dire quelque chose. Elle relâcha sa prise.
- Pardon ?
Pauvre Pana ! Il avait toujours tellement de mal à parler, il ne fallait pas qu'elle se mette à le brimer, lui aussi.
- Qu'est-ce qui te rend comme ça ?
Il lui semblait avoir été assez explicite sur ce point. Elefteria, sans perdre une once de son enthousiasme, répéta donc :
- Papa rentre aujourd'hui !
Elle n'obtint pas non plus la réaction escomptée ; Pana n'avait pas l'air de comprendre ce que le retour de papa à la maison impliquait.
- Ah... mais... euh... c'est pas Noël...
Quand papa était α la maison, c'était Noël tous les jours.
- Non mais, il, euh, ben il rentre quoi ! C'est génial non ?
- Hum. Génial oui.
Oui, génial ! Papa était beau, papa était riche, papa captivait tout le monde dès qu'il prenait la parole ! Et papa leur ramenait toujours quelque chose, après une... absence prolongée. Elefteria envisageait de se lancer dans la liste de tous les avantages dont elle jouirait dès que leur père serait là, mais une voix émergea d'un autre étage.
- Ma poule ! Mon minou ! Venez voir qui est là ?
Et si Elefteria n'avait pas envie d'obéir à une exhortation de sa mère (encore plus lorsqu'elle semblait s'adresser à une ménagerie), il y avait des situations où l'obéissance n'était qu'un compromis mineur.
Elefteria quitta la chambre et se lança dans les escaliers au moment où elle réalisait qu'une inspection s'imposait. Quelle était la couleur de son pantalon ? Avait-elle grandi depuis la dernière fois qu’il l'avait vue ? Elle n'avait pas grossi, au moins ? Son haut mettait-il en valeur son tour de poitrine ? Ses cheveux étaient-ils bien arrangés ?
Un cri de joie, et elle se précipita dans les bras de papa, sans se soucier d'interrompre une éventuelle conversation entre lui et sa mère. Cette dernière reprit néanmoins la parole au bout d'un temps beaucoup trop court :
- Panayotis ? Tu ne viens pas dire bonjour à Papa ?
Elefteria tourna légèrement la tête, quittant à regret la chaleur paternelle, et observa Pana arriver en haut des escaliers. Pourquoi jouait-il son rabat-joie ?
- Tu m'as dit de pas parler aux inconnus.
Jamais plus il ne fera
Ses rouges et douces cerises
Envahi se meurt le bois
Entendant chanter la bise
Le jardin pleure son frère
Qui lui s’en va sans troubler
Le silence de la terre.
Ses cheveux auburn tombent
Délicatement sur ses épaules en boucles légèrement aplaties.
Elle est assise là, sur cette chaise.
Cette chaise renversée sous laquelle gisent mille autres merveilles.
Elle demeure là, son pied tout froid pendant
Au dessus d’une petite chaussure tombée depuis des années.
Ses joues autrefois roses et brillantes
Sont aujourd’hui fardées d’une fine couche grise,
Et un petit sourire s’affiche sur ses lèvres à l’éclat passé.
Sa robe bleue ondule légèrement sous le souffle
Du vent matinal, qui soulève une brume de poussière.
Tout n’est que poussière.
Et elle attend là, ses grands yeux bleus fixant un point dans la vague,
Sans jamais battre de ses longs cils noirs.
Et elle attend là, les bras tendus vers l’espoir d’un amour de jadis
Qui la serrerait dans ses bras, une dernière fois.
Petite historique : Esqi avait lancé comme thème d'un concours que doit inclus dans le texte les mots "store vénitien" et j'ai écrit ce sonnet.
Si vous cherchez bien, vous verrez que le vers contenant ladite expression comporte une syllabe de plus, d'ailleurs, donc j'ai quand même légèrement forcé la chose.
Il semble repu de bien-être,
Ce chat à la robe lustrée,
Assoupi devant la fenêtre,
Respirant la sérénité.
Il est ici en son domaine.
Comme en pleine méditation,
Il soulève ses flancs d’ébène
Au gré de sa respiration.
Indifférent, le chat sommeille
Sous quelques rayons de soleil
Filtrés par le store vénitien.
Son apaisant ronronnement
Tout doucement se mêle au chant
Du violon d’un musicien.
La musique coule, comme le temps qui passe,
Et penchée au dessus de la blanche surface
L’encre reste inerte sous mes doigts maculés.
Car la plume évite la feuille, dans l’attente
D’une phrase à coucher sur le lisse papier.
Mais rien ne vient, sauf une tâche béante
Causée par ma main lâche sous mes yeux lassés.
Et encore un thème rebattu, mais j'étais pas mécontente de moi après coup, pour une fois. On m'a fait la remarque que ça ressemblait un peu au début de l'Apprenti Assassin (Hobb) mais ça faisait un moment que je ne l'avais pas lu, donc sans dire que ce ne soit pas lié, ça reste fortuit.
Je vais laisser de côté les meme, parce que ceux à qui ils étaient destinés les ont déjà lus, et me concentrer sur mes écrits.
...autant prévenir, certains datent.
Il tournoie, décrivant voltes et arabesques comme un message inaccessible pour moi. Mes yeux le suivent, levés vers le vide infini du ciel, puis se closent, éblouis par un rai de lumière perçant un oreiller dansant là-haut. Je le sens s’échouer, petit bout de nuage, sur ma lèvre, et ma langue vient délicatement le saisir comme par peur de le perdre à jamais. Mon visage s’illumine et le scintillement de l’étoile de glace engloutie semble ressortir au coin de mon œil, comme si ce bref éclat de l’hiver avait fait déborder mon cœur trop plein des joies du jour.
Même pas réussi à trouvé comment changer la police.
Bon, à mon avis le thème n'a rien d'original. Ce texte a été écrit après un rêve mais ne décrit nullement le rêve, j'étais juste toute émotionnée. Surtout pour parler d'oreillers qui dansent.
Terrible, mais pas mortel.
Alors, je vois des gens, je passe même dix jours 24h/24 avec des gens, même si le fait que cela serve ma gloutonnerie de relations sociales soit assez fortuit.
Et encore. Je sors même avec des gens que je ne connais pas, des amis d'amis. Sympathiques par ailleurs, mais j'aurais-je fait si j'avais été dans une période autre, et non assombrie par d'orageux horizons?
*
Ça n'a pas vraiment suffi. Suffi? Si j'en avais fait plus, ça n'aurait jamais suffi non plus. La seule chose qui aurait pu combler ce vide durant l'année sans me détourner de mon but, je m'en rends compte à présent, aurait été d'habiter dès ce moment-là avec ma soeur. Mais elle était en stage ailleurs.
*
Tout ce qui était loisirs était mal. Sortir, c'était mal, à moins que ce ne soit vraiment court, pour m'aérer l'esprit. Lire, c'était mal - concept dur à assimiler. Même la boulimie de ménage qui m'a un peu prise au début c'était mal.
Ecouter de la musique - pas trop fort, de la musique sans paroles compréhensibles pour ne pas me distraire - ça allait. Sauf que même sans paroles, la musique me parle. Alors ça allait mais pas trop.
J'ai découvert que de n'avoir rien d'autre à faire que bosser n'oblige pas à bosser. Dans mes pires périodes, j'ai pu rester une demi-heure voire une heure la tête entre les mains, à me dire que j'allais faire ci et ça, anatomie, biostatistiques, biologie cellulaire... sans même plus essayer de me motiver à le faire.
Non. Dans mes pires périodes, j'ouvrais un cours... par raison. Et puis je restais une demi-heure sur la même phrase. Et puis je m'endormais. Et comme je n'avais pas sommeil pour autant, je faisais des rêves angoissants, des crises d'angoisse en rêve, où j'étais prisonnière du sommeil, où je devais me réveiller parce qu'il fallait bosser, mais ne voulais pas me réveiller pour ne pas retourner à cette vie faite de cours, de crises d'angoisse, de cours, et où lire devenait mal.
*
Ça, c'était ma première P1. Je n'avais pour tout moyen de communication qu'une mobicarte. Je ne parlais qu'à mon père car il me rappelait toujours. A présent, j'en ai les larmes aux yeux de reconnaissance pour lui.
Quand j'ai redoublé ma première année de médecine, j'ai été habiter avec ma soeur, et même si elle n'était que rarement là, c'était mieux.
- Mood:
contemplative - Music:The Doors
Il serait assez inexact de dire que je n'arrive plus à écrire. J'écris. Mais je n'écris qu'à condition d'avoir déjà la situation. Sinon... tout reste statique. Rien ne bouge. J'arrive à faire des portraits plus ou moins dynamiques, mais qui restent des portraits, ou des tableaux.
Conséquence? Je n'écris plus que pour du rp.
Un mot, une phrase, ça ne me suffit pas. Sans doute ne fais-je pas assez d'efforts, car après tout, je suis parfaitement capable de créer, d'imaginer la situation dont j'ai besoin à partir d'un mot, d'une phrase ou de rien du tout. Non?
Un mot. Patate.
Une situation? Quelqu'un en train d'éplucher des patates? Quelqu'un qui doit éplucher des patates?
Une phrase, un ordre. "Epluche les patates".
Une scène du quotidien. Où est l'intrigue? Quelle intrigue? Il faut que j'arrête de penser comme si j'étais moi.
X doit donc éplucher les patates. Quel peut être le problème?
1. X ne veut pas éplucher les patates
1.1 X est un faignant
1.2 X est un rebelle
1.3 X est en colère contre celui qui lui a donné cet ordre.
2. X ne peut pas éplucher les patates
2.1 X a une infirmité l'en empêchant
2.2 X n'a pas d'économe
3. X veut bien mais plus tard, il est déjà en train de faire quelque chose.
3.1 Quelque chose qu'il ne veut pas arrêter
3.2 Quelque chose qu'il ne peut pas arrêter.
4. X est traumatisé par les patates.
4.1 X s'est fait jeter des patates dessus quand il était petit
4.2 X a mangé une patate qui l'a rendu malade
4.3 X a été obligé par sa grand-mère à l'aider à biner des patates.
5. Cet ordre n'est pas donné à X mais à Y, sauf que X doit le faire pour :
5.1 faire plaisir à Y, respecter un gage donné par Y
5.2 couvrir Y
Je dois bien avouer que les solutions impliquant un tiers personnage (outre le donneur de l’ordre) me semblent préférables, du fait qu’ils rajoutent un peu de complexité.
Je vais donc commencer par 5.2.
A la fois pour limiter l’effort et pour accomplir une tâche que j’ai, je vais réutiliser des personnages préexistants : les jumeaux Panayotis et Elefteria.
« Panaaaahhh. »
L’intéressé eut un regard paniqué vers la source de la voix. Sa sœur était toute blanche, en sueur et pourtant tremblante comme de froid.
« ‘vie de vomiiiir… »
Ça faisait plusieurs fois qu’elle disait ça, et elle n’avait toujours pas vomi. A tout hasard, Panayotis avait avancé une bassine au pied du lit.
La fenêtre était grande ouverte, le temps frais mais compensé par les rayons de soleil qui illuminaient la pièce. Voilà qui aurait pu, qui aurait dû être une bonne journée.
C’est lui-même qui avait ouvert la fenêtre, afin d’aérer au maximum. Où est-ce qu’Elefteria avait trouvé ce shit, qui lui avait appris à le rouler, Panayotis n’était pas sûr de vouloir le savoir. Il savait très bien qu’il aurait trouvé ça super cool s’il avait été dans la combine. Mais là, il avait juste envie de casser la gueule à cet inconnu (sauf que petit comme il était, il ferait mieux de trouver des manières plus subtiles de se venger).
Un brin d’encens brûlait près de la porte, car même en aérant l’odeur ne partait pas totalement et mieux valait camoufler ça. En arrivant au collège Elefteria s’était mise à copier à moitié ces gens « trop cool » avec des dreads, des jeans troués et de l’encens. Sauf qu’elle cherchait trop à se mettre en avant pour se fondre vraiment dans le style.
Au début, Pana avait été agacé de cette manie de faire brûler ces choses répandant une odeur trop entêtante pour lui, mais il devait avouer qu’aujourd’hui c’était bien utile.
Il posa sa main sur le front d’Elefteria. Il était humide, blanc, plissé par l’angoisse, mais pas trop chaud. Peut-être même légèrement trop froid, à cause de la sueur.
« Elefteria ! Je pars en courses, tu pourras éplucher les patates ? Et évite de répandre cette odeur dans toute la maison ! »
La voix de Maman. Manquait plus que ça. Bon, le fait qu’elle quitte la maison était plutôt une bonne chose pour les fesses d’Elef, mais qui allait éplucher les patates ? Elle n’était surement pas en état de le faire !
La réponse était assez évidente, en fait. Et qui allait surveiller Elef ? Bon… Et qui disait patates disait repas imminent. Pas plus de deux heures de répit en tout cas.
« Elef ? Elef, ça va ? Je vais te faire couler un bain, d’accord ? »
Panayotis ne voyait que ça pour stopper la sueur et les tremblements. Il n’y avait pas un livre qui s’appelait comme ça d’ailleurs, « Sueur et Tremblements » ? Sans doute pas, ça faisait vraiment un drôle de nom pour un livre.
Et histoire qu’elle ne se noie pas, il viendrait éplucher les patates dans la salle de bains.
Rah, il n’y avait pas quelque chose pour stopper un bad trip ? Des médicaments pour arrêter cette angoisse ? Des anti-dépresseurs ? Mais personne ici n’avait jamais fait de dépression…
Bon, restait à espérer que le bain suffirait à la calmer. Panayotis mettrait des bougies relaxantes et tout le tralala.
Sortant de la chambre en prenant garde à ne pas trop ouvrir la porte, il entendit celle de l’entrée se refermer. Bien.
Passant à la salle de bains, il ouvrit les robinets de la baignoire, descendit chercher les pommes de terre ainsi qu’un économe et deux sacs plastiques de supermarché, puis se mit en quête de bougies parfumées. Maman devait avoir ça. Elefteria n’avait que de… l’encens.
Le gamin n’en trouva qu’une. Ce serait déjà ça.
En attendant, la baignoire s’était remplie et l’eau avait atteint la bonne température. Pana retourna voir sa sœur. Elle avait les yeux écarquillés vers le plafond. Au moins, elle n’avait pas paniqué de son absence.
« Elefteria ! Je t’ai préparé un bon bain. Ça te fera du bien avant de manger. »
La jeune fille lui jeta un regard étrange. Mélange d’angoisse, de confiance, mais trop brillant, trop grand. Néanmoins, elle prit la main qui Pana lui tendait et se leva avec hésitation.
Dans la salle de bains, elle se déshabilla maladroitement. Hum, elle devait être quand même bien jetée pour foutre comme ça aux orties la pudeur dont elle s’était parée depuis le collège…
Le garçon ne put s’empêcher (le chercha-t-il ?) d’observer que sa poitrine n’était pas feinte et même que des petits poils tout fins commençaient à tapisser son pubis. Dommage que ses cheveux collés par la sueur et les frissons gâchent le tableau.
Il alluma la bougie qui répandit aussitôt une odeur douce, bien moins agressive que l’encens, et se mit à son épluchage, parlant doucement, de manière continue, pour ne rien dire, sans espérer de réponse.
Il avait largement terminé lorsque Sally revint. Il avait même eu le temps de vider le pot maculé de cendres suspectes en même temps que les épluchures, les patates étant redescendues nues à la cuisine.
Panayotis avait su que c’était gagné quand Elefteria l’avait interrompu dans son monologue sans queue ni tête pour lui demander sèchement de sortir de la salle de bains.
- Mood:
hungry - Music:Dirty Dozen Brass Band
